Présentation

Il est d’usage d’affirmer que le christianisme s’est enraciné en Afrique lors des missions du XIXe siècle, dans le sillage des entreprises coloniales européennes. Or, les nombreux documents textuels et archéologiques subsistants attestent avec évidence que le christianisme s’est implanté en terre africaine dès les premiers siècles de notre ère. Né dans le cadre de l’Empire romain, le christianisme se diffuse au sein du limes impérial, mais aussi bien au-delà de ce dernier. En effet, présente très tôt en Égypte puis en Afrique du Nord (aux Ier et IIe siècles), la nouvelle religion va gagner des terres plus lointaines, atteignant l’Éthiopie dès le IVe siècle et la Nubie au VIe siècle. Le christianisme devient, dès cette époque, une réalité culturelle et spirituelle majeure qui va durablement façonner de nouvelles civilisations sur le continent africain.

La diffusion, la traduction puis la réception du texte biblique joue, à ce titre, un rôle primordial dans l’éclosion d’identités chrétiennes particulières : avec l’adoption et l’acculturation de la Bible – ou plus précisément des textes qui allaient constituer la Bible – en Afrique s’épanouissent de nouvelles langues littéraires, ainsi que d’innombrables productions intellectuelles, des traditions savantes et populaires, des œuvres artistiques, tandis que de nouvelles formes de liturgie chrétienne voient le jour. Cette empreinte du texte biblique, dans sa réception et sa diffusion, esquisse ainsi pour chaque région un profil singulier, dans la variété de ses expressions littéraires, liturgiques et artistiques. Source vive pour les chrétiens d’Afrique dès l’Antiquité et le Moyen Âge, la Bible n’en continue pas moins, aujourd’hui, d’être un fondement culturel, religieux et politique pour les croyants du continent africain.


Objectif principal du colloque

L’objectif principal du colloque Biblia africana est d’explorer la réception du texte biblique dans les christianismes africains des périodes antique et médiévale. En prenant pour cadre géographique l’Égypte, la Nubie et l’Éthiopie, sur une période s’échelonnant du IVe au XVe siècle de notre ère.

Les conférenciers participant à cet événement tenteront de mesurer, interroger et documenter la pénétration du texte biblique sur les chrétientés africaines anciennes, en explorant notamment la façon dont des thèmes et motifs bibliques ont contribué à façonner le visage du christianisme africain dans ses expressions culturelles et spirituelles. Il s’agira surtout de relever la puissante créativité dont ont fait preuve les chrétiens d’Afrique qui, sur la base du matériau biblique, ont produit des œuvres liturgiques, littéraires et artistiques profondément originales.


Trois moments

Un premier moment du colloque sera consacré à une présentation globale et connectée des origines du christianisme africain antique, éclairée par les témoignages historiques et archéologiques existants, et de ses premiers développements. Cette ouverture préliminaire permet d’interroger la définition même d’une zone géographique nommée « Afrique » et de questionner la nature de ce christianisme présentant une grande variété de profils. Il convient également de réévaluer la place des chrétientés africaines de l’Antiquité et du Moyen Âge au regard de leur contexte méditerranéen. Longtemps regardé comme un christianisme des marges, le christianisme africain s’est en réalité défini et construit comme un centre, se considérant même comme un acteur privilégié de l’histoire sainte, une histoire relue par et pour l’Afrique, laissant éclore de riches traditions comme celle du transfert de l’arche de l’alliance en Éthiopie ou celle du séjour de la Sainte Famille en Égypte.

Un second moment abordera la question des traductions de la Bible dans les langues locales du territoire africain durant l’Antiquité et le Moyen Âge, à savoir le copte, le vieux-nubien et le guèze. Ce processus de traduction a non seulement favorisé l’essor de grandes langues d’expression écrite, mais aussi l’éclosion de riches productions littéraires et intellectuelles, dont de nombreux chrétiens d’Afrique sont toujours, aujourd’hui, les héritiers. Au travers d’exemples précis, tirés de l’examen philologique des textes bibliques en copte, vieux-nubien et guèze, cette question de la traduction nous conduit ainsi à réfléchir à l’apport des versions bibliques africaines dans l’émergence des génies propres aux différentes régions envisagées. Cet axe permettra également de s’interroger sur la nature des textes bibliques traduits et de leur medium de transmission ; en effet, non seulement la transmission de la Bible, aux époques antique et médiévale, fut partielle, mais toute opération de traduction implique aussi un choix de textes et de supports matériels de copie en vue de fins bien précises et pour un lectorat déterminé.

Dans un troisième temps du colloque, une large part sera accordée à la réception culturelle, spirituelle, liturgique, artistique et politique de la Bible dans les chrétientés africaines au cours de l’Antiquité et du Moyen Âge. L’objectif consiste, notamment pour les spécialistes d’herméneutique et de littérature, de mettre en relief la réinterprétation du texte biblique en contexte africain, notamment au travers de l’étude des commentaires exégétiques produits par des lettrés africains. Pour les historiens de l’art, également conviés, l’enjeu est de relever l’étonnante créativité des chrétiens d’Afrique aussi bien eu égard aux représentations figurées (peinture, enluminure), à l’architecture, à la musique qu’aux objets liturgiques. Cette enquête permet de mieux réévaluer la façon dont la Bible s’est forgée, adaptée, diffusée au contact de nouvelles cultures, mais aussi la manière dont celle-ci a façonné, à son tour, les cultures chrétiennes de l’Afrique ancienne.


Les actes du colloque feront l’objet d’une publication.


Feuillet
de présentation
Affiche