Bernard COYAULT, Jack McDONALD,
Damien KUDADA BANZA, Edwin OCHSENMEIER
Gheorghe SOCACIU, professeurs

Master – Quadrimestre 2

Objectif       

Le débat sur la place des religions dans l’espace public est un sujet sensible. Pour les uns, l’expression publique des réflexions et convictions religieuses ne peut manquer d’attiser les tensions dans des sociétés pluralistes aux fragiles équilibres où cohabitent des visions du monde divergentes. Les religions, suspectes de penchants hégémoniques et obscurantistes, devraient ainsi être cantonnées aux consciences individuelles sans déborder sur l’espace public. D’autres pensent au contraire que dans ce contexte de pluralité des convictions et de privatisation du religieux sur fond de sécularisation avancée, les religions ont une responsabilité publique et participent à la construction du vivre ensemble. Les théologiens dans un soucis de contribuer à la promotion du bien commun et à la transformation sociale, devraient alors faire entendre leur voix et entrer en conversation avec d’autres sur les débats et questionnements contemporains (racisme, sexisme, écologie, (dé)croissance, justice sociale, transhumanisme, etc.). Comme l’écrit le sociologue J.-P. Willaime, « les ressources de sens et les groupes vecteurs de socialisation et d’éducation morale ne sont pas si nombreux pour que l’on puisse se payer le luxe de ne pas prendre en compte l’apport des religions » (La Guerre des dieux n’aura pas lieu, 2019).

La théologie publique, valorisant le rôle positif des religions au sein des sociétés pluralistes, s’exerce en interaction avec les questionnements de la société et s’attache à proposer une parole théologique audible et plausible, ouverte au débat et contribuant à la construction du bien commun.

Le séminaire permettra aux étudiants de :

  • se familiariser avec ce champ spécifique de la théologie : identifier les fondements philosophiques de la théologie publique, sa genèse et ses développements récents.
  • saisir, à travers l’étude de quelques auteurs clés et de thématiques spécifiques, la méthodologie de la théologie publique, en mesurer les enjeux, la pertinence et les limites.
  • évaluer de façon critique la participation des religions au débat public au sein des sociétés modernes pluralistes ;
  • s’exercer pratiquement à la mise en œuvre d’une démarche de théologie publique : choix d’une thématique spécifique, élaboration d’un « plaidoyer » théologique en interaction avec d’autres ressources religieuses et culturelles, choix du niveau de communication (national, régional, local, global).

Contenu

  • Présentation générale du concept de théologie publique (genèse, développements, enjeux, échelles et méthode). Démarche du cours. (COYAULT et al.)
  • Fondements philosophiques : Rawls, Habermas, Gadamer (KUDADA BANZA)
  • 2 « chantiers » de théologie publique et leurs référentiels bibliques, théologiques et culturels : 1° Miroslav Volf – A Public Faith (2011) et le Yale Center for Faith and Culture ; 2° Pape François, Encyclique Fratelli tutti (2020). (COYAULT)
  • Public theology et plaidoyer des Eglises dans le contexte européen : la logique du maintien du « Anglican establishment » en Grande-Bretagne et des relations concordataires et aménagées en Europe ; les cultes comme moteurs du « bien public » ; intégration et communautarisme des cultes ; les cultes et le plaidoyer/ non-plaidoyer des droits humains (McDONALD).
  • Vie privée – vie publique : la religion relèverait de la première et ne devrait pas s’immiscer dans la seconde. Nous tenterons de clarifier ce lieu commun, en abordant son histoire, ses difficultés et ses apories, avec la lecture de textes fondamentaux et le débat autour de quelques cas pratiques. Comme exemple plus approfondi, nous examinerons l’articulation entre croyances religieuses et politiques de l’éducation, entre autres en Belgique et en France (OCHSENMEIER)- Foi et leadership : exploration du modèle « servant leadership » comme réponse théologique aux défis du leadership (post)moderne (SOCACIU).

Biblio.          

(D’autres références seront communiquées en cours)

  • CARTLEDGE M. J., ‘Public Theology and Empirical Research: Developing an Agenda’, International Journal of Public Theology 10.2, 2016, pp. 145–166.
  • CONNOLLY W., Pluralism, Londres, Duke University Press, 2005.
  • Déclaration universelle des droits humains, Art. 18 et 
  • Convention européenne des Droits de l’homme, Art 9.
  • GREENLEAF R. K., Servant leadership: a journey into the nature of legitimate power and greatness, New York, Paulist, 2002. 
  • HABERMAS, J., Entre naturalisme et religion : Les défis de la démocratie, Paris, Gallimard, 2008.
  • HASQUIN H., Inscrire la Laïcité dans la Constitution belge ?, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2016.
  • NORTHOUSE P. G., Introduction to Leadership (4th edition), Sage Publications, Inc., 2018 
  • Pape FRANÇOIS, Fratelli tutti – Encyclique, Paris, Bayard – Cerf – Mame, 2020.
  • PIRNER M. L. et al. (eds.), Public Theology, Religious Diversity, and Interreligious Learning Contributing to the Common Good Through Religious Education, London & New-York, Routledge, 2018.
  • RAWLS, J., Libéralisme politique (trad. C. AUDARD), Paris, PUF, 1995.
  • ROUSSEAU J.-J., Le contrat social, chap. “De la religion civile”
  • SPINOZA, Traité théologico-politique, chap. 19.
  • TRACY D., The Analogical Imagination: Christian Theology and the Culture of Pluralism, New York, 1991
  • VILLAGRÁN G., « La théologie publique : une proposition pour donner voix à l’Église dans les sociétés pluralistes », Revue d’éthique et de théologie morale 4-n° 296 – 2017, pp. 45-58.
  • VOLF M., A Public Faith. Grand Rapids, Brazos Press. 2011 (trad. Foi chrétienne et sphère publique, Nîmes, Vida, 2017)
  • WILLIAMS R., Faith in the Public Square, Londres, Continuum. 

Forme           

Le séminaire se déroulera autour de 4 journées de 6h où seront abordés divers auteurs et thématiques spécifiques, alternant exposés magistraux, lectures de textes et restitution des travaux et lectures effectués par les étudiant.e.s. entre les séances.

Validation     

Participation active au séminaire et restitution des travaux et lectures préparatoires demandés pour chaque séance (25%). Rédaction d’un plaidoyer (opinion paper) (3500 mots) sur un thème de théologie publique choisi par l’étudiant, utilisant les ressources des auteurs étudiés ainsi que la méthodologie propre au champ de la théologie publique (50%) ; examen oral (25%).

Validation           

5 crédits